Situation inquiétante des droits de l’homme

Amnesty International charge : «Il y a une situation de non droit à Abidjan»

Gaetan Mootoo, chercheur Afrique de l'Ouest d'Amnesty International
Gaetan Mootoo, chercheur Afrique de l'Ouest d'Amnesty International

L’expert d’Amnesty International, Gaëtan Mootoo, qui a conduit les enquêtes durant un mois en Côte d’Ivoire, donne des détails sur l’ampleur des violations des droits de l’homme sous Ouattara. Il était, mercredi 31 octobre dernier, l’invité de la télévision panafricaine 3A Télé Sud. Des révélations, preuves à l’appui, qui finiront par clouer le bec aux porte-voix de la propagande gouvernemental.

 

La situation des droits de l’Homme est inquiétante. Puisque les nouvelles autorités avaient fait des promesses. Et là, nous sommes loin des promesses tenues par ces mêmes autorités. A Abidjan, il y a d’abord cette situation de non droit où des personnes sont arrêtées et détenues dans des lieux illégaux. Les parents ne savent pas où sont leurs proches, première chose. Deuxième chose, la durée légale des garde-à-vues dans tous ces cas est souvent dépassée. Et c’est très grave. Au cours des arrestations où souvent durant la garde-àvue, beaucoup des détenus ont été torturés… », a déclaré Gaetan Mootoo. Dépeignant sommairement le calvaire des victimes des arrestations politiques.

Toujours selon l’expert d’Amnesty, la situation des droits de l’Homme est très grave en Côte d’Ivoire. Avec plusieurs cas de détenus torturés à l’électricité dont un policier de San Pedro qui est décédé des suites de ses tortures. Le massacre du camp de Nahibly est aussi évoqué par Gaetan Mootoo. «En juillet dernier, le camp de déplacés a été attaqué à la fois par les forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ainsi qu’une milice supplétif, la confrérie national des dozos. Plusieurs personnes (les déplacés) ont été exécutées de manière extrajudiciaire, d’autres sont portées disparues», a expliqué l’expert d’Amnesty. Qui doute fort bien de la bonne volonté du gouvernement ivoirien à lutter effectivement contre l’impunité.

«Il y a un fossé entre le discours et la réalité. La réalité pour nous c’est la situation présente… Il y a effectivement le combat contre l’impunité, mais il y a une situation présente. Il faut respecter les règles notamment pour la garde-à-vue, les lieux de détention, l’interdiction des tortures. A Abidjan, plusieurs personnes ont été tortués et détenus dans des lieux illégaux de détention, dont le camp Génie militaire. Il y a la place de la liberté à Yopougon qui a été transformée en camp de Frci, où des militaires, policiers et civils y ont été détenus et torturés», a expliqué Gaëtan Mootoo. Selon lui, Amnesty International ne pouvait pas rester insensible à ce qui se passait en Côte d’Ivoire, et ce communiqué visait à tirer la sonnette d’alarme. «Nous sommes allés en Côte d’Ivoire, nous y sommes restés exactement un mois et un jour. Et durant cette période, nous avons rencontré le ministre de la Défense, le ministre de l’Intérieur, nous avons rencontré brièvement le Premier ministre… Nous avons adressé un courrier au ministre de l’Intérieur pour rencontrer les détenus de la Dst, malheureusement cette demande est restée sans réponse», explique-t-il. Pour montrer que les autorités ivoiriennes ont bien pris contacts et ont eu des séances de travail avec les experts d’Amnesty International durant leur séjour en terre ivoirienne.

«Nous ne sommes pas des juges d’instructions, nous ne faisons pas des enquêtes à charge. Nous nous faisons des enquêtes sur la base des constats et là encore nous ne sommes pas rentrées dans les détails des tortures. A la place de la liberté à Yopougon, il y a des détenus qui ont été mis dans des barriques d’eau. Quel était le but de torturer ces détenus ? Quel est le but des autorités d’attaquer un camp des déplacés ? On a eu le temps d’évoquer tout cela avec les ministres de l’Intérieur et de la Défense», a fait savoir le chercheur Afrique de l’ouest d’Amnesty. Rejetant ainsi les accusations des autorités ivoiriennes.

 

Le Nouveau Courrier no 645, 03-04 novembre 2012

 

 

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