Laurent Akoun, SG par intérim du Fpi, Porte-parole

‘‘Le FPI est incassable’’

Le Secrétaire général par intérim et porte-parole du Fpi, l’honorable Laurent Akoun, dans cet entretien, passe en revue plusieurs questions brûlantes de l’actualité. Notamment, la question d

Laurent Akoun: ‘‘La force est toujours limitée dans le temps et dans l’espace y compris pour les grandes puissances’’
Laurent Akoun: ‘‘La force est toujours limitée dans le temps et dans l’espace y compris pour les grandes puissances’’

Bonjour Monsieur le Secrétaire général. 5 mois après l’arrestation du président Gbagbo, du président du Fpi et plusieurs autres camarades, que devient le Fpi ?

Le Fpi se relève. Le Fpi c’est cette image du roseau qui plie mais qui ne rompt pas. Et lorsque vous associez nos alliés du CNRD, le Fpi avec les autres, nous sommes incassables.

 

Avec ce bouleversement, quelle est la situation à l’état actuel des choses au niveau du Fpi ?

Il faut reconnaitre d’abord que ce qui s’est passé est inédit. C'est-à-dire que dans la semaine du 4 au 11 avril, une grande puissance, la France et une organisation internationale à son service, l’Onu, ont pris fait et cause pour une partie dans un contentieux électoral. En détruisant tout ce qui symbolise Laurent Gbagbo et son pouvoir y compris tous nos camps militaires. Nous étions en face d’une situation inédite dans l’histoire contemporaine. On connait les méthodes de l’impérialisme, mais cette phase agressive, cette intrusion inacceptable contre la souveraineté d’un Etat, c’est inédit. Et nos militants ont fait preuve de courage pour relever la tête. Et ils doivent continuer. Nos structures en l’état actuel, se réveillent. Je ne peux pas vous donner de manière exhaustive la situation, parce qu’il y a des zones comme à l’ouest dans le Moyen- Cavally où de nombreux responsables des structures de base, comme les comités de base ou des sections y compris les fédérations, ces responsables-là ne sont plus sur le territoire ivoirien pour raison de sécurité. D’autres ont vu leurs vies tout simplement ôtées par la volonté d’hommes en armes. Donc, aujourd’hui nos structures se reconstituent, nos : camarades relèvent la tête. Tout cela, pour vous dire une seule chose, au Fpi, la tradition c’est la lutte. Les organes de direction vivent. On ne peut pas dire que tout va bien, mais nous relevons la tête. Nous avons peut-être pris de l’eau, mais nous relevons la tête et ça, c’est à l’honneur des militants. Très peu d’entre eux ont abjuré, c'est-à- dire renoncé. C’est faux, ils sont là. Seulement, beaucoup sont morts et nous rendons hommage à leurs mémoires, le temps viendra où de manière publique, nous rendrons hommage à nos morts. Mais nos militants reprennent la lutte.

 

Pourtant les militants et sympathisants du Fpi continuent d’être persécutés ou victimes d’exactions.

C’est ce qui nous amène à dire, veut-on véritablement réconcilier les Ivoiriens ? Si l’ont veut que le tissu qui s’est profondément dégradé, si l’on veut que la cohésion soit de mise pour qu’ensemble, nous rebâtissions ce pays, on ne peut pas continuer ces attitudes qui consistent à vouloir régner par la terreur. Or la terreur ne dure pas toujours. C’est juste pour quelques temps. Je pense qu’on peut faire l’économie d’animer le pays dans la terreur, dans les tensions qui n’augurent pas d’une situation apaisée, réconciliée.

 

Le pouvoir actuel se dit satisfait de l’évolution de la situation sécuritaire actuelle en Côte d’Ivoire.

Je pense que c’est peut-être pour les autres, c'est-à-dire pour ceux qui ne vivent pas le réel ici. Il n’y a pas de village qui ne souffre de l’insécurité. On a même plutôt cultivé ce qu’on appelle l’insécurité rapprochée. C'est-à- dire lorsque des hommes en armes dont on ne connait ni l’identité ni la formation militaire à laquelle ces gens-là appartiennent et qui font la pluie et le beau temps, quand pour un vélo qui passe, on demande une amende forfaitaire pour on ne sait quelle caisse et que l’on refuse, on se fait soit bastonner, soit abattre. C’est ce qu’on appelle l’insécurité rapprochée. A tout moment, nous voyons dans cette ville d’Abidjan des gens qui se promènent avec des armes. Il suffit d’un rien pour qu’on ôte la vie à quelqu’un parce que tout simplement il a exprimé sa dignité en disant non à un acte arbitraire, parce que ne répondant à aucun texte de loi. Cela s’appelle l’attitude des vainqueurs ou aussi la justice des vainqueurs. Ça s’appelle également une réconciliation des vainqueurs dans une république des vainqueurs.

Quelles sont vos propositions pour une amélioration de l’indice de sécurité ?

Premièrement, il faut que les hommes et les femmes qui ont été formés dans ce pays pour assurer la sécurité publique, soient ceux-là qu’on voit dans nos commissariats et brigades de gendarmerie. Parce que formés pour faire ce travail. Que tous ceux qui ont des armes qui ont été baptisés forces républicaines, soient dans les casernes. Un soldat quand il est en caserne, n’a pas l’arme au pied, sauf pour un exercice de tirs ou de parade. L’arme est identifiée et on sait qui a fait quoi avec telle arme. Aujourd’hui, les gens se promènent avec des armes, alors qu’ils n’y ont pas droit. En lieu et place de l’insécurité rapprochée, nous voulons un minimum de sécurité, pour que tout habitant de ce pays puisse vaquer à ses occupations, sans se préoccuper si demain matin il va être abattu ou son frère va être abattu, parce qu’il a parlé. La deuxième chose, c’est de savoir ce que nous voulons faire ensemble. On se réconcilie, mais avec qui ? On est supposé être au moins deux pour se réconcilier. Selon les chiffres du 1er tour de la présidentielle, Laurent Gbagbo pesait 38% au moins de l’électorat. Ouattara lui pesait 32% de l’électorat et le troisième était à 25%. Si on se réfère, ne serait-ce qu’aux chiffres du Golf, Gbagbo pesait au moins 46% de l’électorat au second tour. Aujourd’hui, Gbagbo est en prison. Si on prend les chiffres du Golf, c'est 46% des Ivoiriens qui sont en prison. Et on va faire la réconciliation contre ces 46% ou avec ? Gbagbo doit donc sortir. Tous nos camarades, tous nos militants de base, surtout dans le Moyen-Cavally à l’ouest, ont été contraints à quitter leurs localités. Que tous ceux là rentrent. Que tous nos cadres qui sont en exil rentrent. C’est avec tous ceux là qu’on va se réconcilier, ce n’est pas avec quelqu’un d’autre. Ou alors, c’est la réconciliation des vainqueurs. Comme on le voit, on dresse deux tentes, on prend trois tambours et puis on s’autocélébre, comme étant vainqueur. Nous, nous voulons des solutions institutionnelles à cette crise. Pour nous, ce sont des conditions qu’il faut réunir et que d’aucuns appellent préalable. Aucun de nos cadres ne peut revenir sans qu’il ne soit arrêté ou qu’il ne soit l’objet de persécution ou tout simplement qu’il ne soit tué. Tous les avoirs sont gelés, alors qu’ils ont des familles entières à leurs charges et des engagements vis-à-vis de leurs propres communautés. Où va-t-on ? C’est pourquoi, nous disons qu’il faut créer des conditions. Et c’est celui qui est au pouvoir qui doit créer les conditions. Y a pas le feu, on est pressé pour aller où ? Il faut donc discuter. Il y a un véritable problème de culture démocratique. Le droit à la différence n’autorise pas celui qui est différent de l’autre à lui ôter la vie. Ce mépris qu’on affiche, cette suffisance… grand bien leur fasse si ça peut durer. Mais, ça ne sera pas éternel.

 

Le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr) estime qu’on ne peut parler de préalable pour aller à la réconciliation.

C’est un fait. Vous voulez réconcilier deux entités comme vous le dites et c’est tout à fait juste que cela se fasse. Parce que notre pays a été profondément éprouvé par tout ce que nous avons vécu. Pas seulement la dernière crise, suite à la présidentielle. Mais je veux prendre quelques repères dans notre histoire. Je suis devant vous et c’est peutêtre l’une des rares fois où je l’évoque. J’ai été SG du syndicat des enseignants dans les années 1982 à 1987. J’ai été jeté en prison, j’ai connu toutes sortes d’humiliations. J’ai été professeur certifié depuis les années 1975-1976, je n’ai jamais connu de promotion, je ne me suis jamais fâché. Gbagbo Laurent, c’était pareil. Aucune promotion particulière, nous n’étions pas les plus cancres. On n’a pas pris de fusils parce qu’on n’a pas eu de promotions. Ce qui se passe, si on n’y prend garde, si on ne veut pas s’asseoir tranquillement pour voir depuis la période 1960 tous les faits de mal gouvernance et tout ce que nous avons accumulé depuis lors jusqu’à ce jour, et qu’on veuille utiliser la justice des vainqueurs, ce n’est pas tout à fait juste. Cette réconciliation a besoin qu’on réunisse des conditions préalables. Sinon, on se réconcilie avec qui avec qui? Gbagbo est-il exclu du processus de réconciliation ? Mais à supposer même que Gbagbo, comme ils le disent, va à la Cpi. Et puis le pays s’arrête là quoi ? Nous ne sommes pas là ? Je vous dis que Gbagbo c’est 46% au moins, chiffre du Golf. Ils croient que nous on ne se sent pas en prison avec Gbagbo. Ils veulent se réconcilier avec qui ? C’est pour cela qu’ils font des spectacles dans les quartiers et ils parlent de réconciliation. Non, ils n’ont rien fait. Lorsque vous avez une plaie et que vous pensez parce que vous mettez du sable, la croûte s’est formée et que la plaie est guérie, la gangrène n’est pas loin. Moi, je pense qu’il ne faut pas se voiler la face. On connait dans l’histoire, les différents processus ou procès de réconciliation. On fait une option. Ils parlent aujourd’hui d’impunité. De quelle impunité parlent-ils ? Quand, nous sommes arrivés aux affaires, on a poursuivi qui ? Il y avait pourtant le scandale des 18 milliards de Fcfa, ne serait-ce qu’un des faits qui étaient encore d’actualité. Vous pensez que c’est parce qu’on ne pouvait pas le faire ? En 1982- 1983, quand on commençait ce mouvement pour dire non à la misère des enseignants, on parlait des «trous baillés» à l’époque. Le «trou baillé» c’était un des dignitaires qui se faisait payer chaque mois un bail par l’Etat. A l’époque, nous étions encore étudiants, il y a des gens qui parlaient déjà de milliards. Et ce sont les mêmes aujourd’hui qui parlent de lutter contre l’impunité. Quand nous sommes arrivés aux affaires, on sait ce que chacun a fait dans ce pays, mais est-ce qu’on a poursuivi quelqu’un ? C’est aujourd’hui dans ce pays les mêmes qui vont parler de justice, parce qu’ils ont des prénoms différents, sinon au plan idéologique ce sont les mêmes qui sont au pouvoir. Gbagbo est en prison et ils veulent faire la réconciliation. Mais qu’ils fassent, c’est leur réconciliation. Mais si on veut être véritablement objectif et avancer, Gbagbo ne peut pas être en prison pendant qu’on parle de réconciliation.

 

Une partie de l’opinion estime que pour avancer, il faut que Ouattara et Gbagbo s’asseyent pour discuter la partie civile de la crise. C’est aussi votre avis ?

Nous ne sommes pas seulement de cet avis, mais c’est cette voie-là que nous encourageons. Il ne faut pas avoir cette espèce d’attitude de vainqueur. Personne ne gagne de manière éternelle. C’est faux! On gagne pour un moment. Dans la vision idéologique de beaucoup, ils pensent que le monde est immuable. Eux ils sont venus, c’est fini. Gbagbo a dit et continue de dire : asseyonsnous et discutons. Mais on discute de tout. Il y en a qui pensent qu’il y a des questions qui fâchent. Si on veut retracer ne serait-ce qu’une facette de l’histoire du pays, vous pensez qu’il n’y a pas de coupables là-bas? Il y en a qui auraient dû faire carrière en prison.

 

Parlant de justice, on se rend compte que Ouattara et Bédié «font campagne» pour que le président Gbagbo soit traduit à la CPI. Quel commentaire ?

Je n’aime pas me permettre les commentaires. Mais comme ce sont les acteurs clés de notre pays, j’ose simplement croire que ce sont des propos tenus hors de notre territoire pour les besoins de la cause. Je le dis parce que si Gbagbo va à la Cpi, on a réglé quoi ? Il a déjà été humilié et il continue de l’être. Parce que ça va rayer Gbagbo de la mémoire des Ivoiriens ? Au contraire quand on est en prison, on devient une idée et des gens se battent. Peut-être que de leur côté, les gens se battent moins pour les idées que pour le tube digestif, mais ça c’est leur choix. Gbagbo, il vit bien. Et je suis convaincu qu’il est en train de produire une réflexion critique qui peut aider. Je pense que de tels propos traduisent deux attitudes. La première, c’est un sentiment profond de haine qu’on traduit comme cela. La deuxième, c’est une attitude perverse c'est-à-dire la volonté de faire le mal, pour satisfaire un ego. Gbagbo est là, et nous qui sommes en prison avec lui, nous sommes là.

 

L’actualité du moment, ce sont les élections législatives. Le Fpi ira-t-il à ces échéances ?

Ñous, ce sont les élections qui ont fait que nous sommes arrivés au pouvoir. Et nous avons bâti toute notre approche du pouvoir d’Etat autour de la transition pacifique c'està- dire par les urnes. C’est le choix que nous avons fait. Nous avons mené le combat pour qu’en lieu et place d’un ministère de l’Intérieur qui régente tout pour le compte de ceux qui sont au pouvoir qu’il y ait un organe qui régule, organise et donne les chances égales à tous. C’est de notre combat, notre pensée qu’est venue la Commission électorale indépendante (Cei). Et mieux, le président l’expliquait, que cette philosophie ne consistait même pas à amener des partisans, mais plutôt des Ivoiriens capables de se lever au-dessus de leurs positions partisanes pour donner des chances à un outil qui régule toutes sortes d’élections en Côte d’ivoire, politiques ou non. Les urnes transparentes, le vote à 18 ans, c’est notre combat.

 

Revenons à la question des législatives...

Concernant les législatives, nous voulons qu’on discute des conditions de sécurité, du redécoupage des circonscriptions et par quel mécanisme on affecte tel nombre de députés ici et là. Les règles, on les connait, mais aujourd’hui on nous dit que nous allons passer de 225 à 255 députés. Quelles sont ces circonscriptions concernées par ces augmentations du nombre de députés ? Comment on en est arrivé là ? Ou alors, on veut se constituer déjà une majorité parlementaire clé en main? Et on appelle les autres à venir compléter les autres sièges. Alors que l’insécurité continue de régner et qu’on nous l’impose maintenant dans chaque village. C’est de tous ces problèmes que nous voulons discuter. Parce que le président actuel de la Cei n’inspire confiance à personne. Regardez ce qui s’est passé, ce n’est même pas un scandale. C’est un drame et il est responsable du drame survenu. Je ne dis pas qu’il est coupable, mais il est responsable. Et on fait comme si de rien n’était. On passe ça par pertes et profits. Pourquoi diantre, de décembre à avril, il n’était pas sur le territoire ivoirien ? Pourquoi, il ne l’a pas expliqué aux Ivoiriens ? Non, ça là, on ne peut pas l’accepter. Il faut recomposer la commission électorale. Pourquoi ? La guerre, qui est intervenue pour que M. Ouattara soit au pouvoir- là, met fin à tout le processus. Si on avait résolu le contentieux par la discussion, par la négociation, on serait dans le même processus. Mais là on n’est plus dans le même processus, il faut recomposer la Cei. Maintenant, s’ils veulent signifier que ce sont eux qui ont les armes, les soutiens les plus sûrs dans le monde, nous aviserons. Nous ne fermons pas la porte, nous voulons discuter de ces questions, le pouvoir et l’opposition. Sinon on ne peut pas venir nous dire c’est à prendre ou à laisser. On dit que c’est la politique de la chaise vide. Non, non et non ! Qu’on ne compare pas la situation actuelle à ce qui s’est passé en 2000. Il faut rappeler qu’en 2000, ce ne sont pas les conditions du scrutin justes et transparentes qui étaient en cause. Mais c’est bien la candidature d’un individu qui était en cause et qui a amené d’autres à ne pas se présenter. Ce n’est pas du tout la même chose. Nous, nous parlons des conditions du scrutin, nous parlons de l’organe qui a en charge l’organisation des élections. Et on n’est pas d’accord parce qu’il ne nous inspire pas confiance. Je termine pour dire que sur 31 membres de la Commission, si on prend en compte le représentant du président de l’Assemblée nationale pour le Fpi, nous sommes 3 sur les 31 membres. La rébellion, qu’on appelle aujourd’hui les Forces nouvelles, a 6 représentants à elle seule. Montrez-moi aujourd’hui le Mpigo, le Mjp ou le Mpci. Soyons sérieux ! Vous voulez qu’on aille aux législatives avec un tel organe. En réalité, je vais vous le dire, on ne veut pas nous voir aux élections. Parce que si on veut nous voir, on pose des actes pour qu’on se rapproche. Que nos camarades rentrent, que Gbagbo soit libre et que le parti vive. On nous prive de moyens. Alors que pendant cinq ans, nous avons donné des moyens à tous ces partis politiques réunis au sein du Rhdp. Chacun avait quelques centaines de millions de Fcfa dans le cadre du financement public des partis politiques, de par la loi votée en 2004. De 2005 jusqu’au 11 avril, jour où le président Gbagbo a été enlevé et conduit là où nous savons, ces partis-là avaient ce financement. Nos avoirs sont gelés par la volonté du prince, une partie de notre patrimoine a été volontairement détruit et avec une haine qui n’a pas de nom. Ils ont tout emporté jusqu’aux fils électriques, carreaux et autres sanitaires et y ont mis le feu. C’est quoi tout ça ? S’ils ne font pas d’efforts, on n’ira pas les accompagner. Et je pense que ça c’est clair. Et qu’on arrête de faire ces comparaisons. Ce n’est ni dans l’esprit ni dans le contexte avec ce qui s’est passé en 2000. Maintenant, s’ils veulent le parti unique, ils vont régner.

 

Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara a affirmé vouloir rencontrer la direction du Fpi.

Nous avons souhaité au niveau du Fpi et Cnrd rencontrer le chef de l’Etat. Nous avons fait des demandes d’audiences. S’il nous invitait à un échange, comme ce que nous avons à dire, nous l’avons formalisé dans un document, nous pourrons à l’occasion le lui dire. Mais, il faut quand même rappeler qu’à sa demande (Ouattara, ndlr), son directeur de cabinet nous a reçus. Il avait à ses côtés son conseiller spécial, secrétaire général du Rdr. Et il nous a transmis le message suivant : «le président de la République me demande de vous dire par rapport à vos préoccupations, de voir les ministres techniques et après quoi, nous pourrions discuter». Comme il nous invite, le jour qu’il voudra nous souhaiterions pouvoir discuter.

 

Vous avez les nouvelles du président Laurent Gbagbo et toutes les personnalités détenues?

Oui, par le truchement des avocats qui se rendent tant bien que mal auprès d’eux à Bouna, Katiola, Korhogo, Boundiali et Odienné, nous avons quelques nouvelles de leur état de santé et surtout de leur moral. Nos camarades sont là, le président va bien. Mais, il y a aussi quelques familles qui ont commencé à avoir, ce qu’on appelle au niveau de la justice, des permis de communiquer c'est-à-dire des autorisations de visite. Et je n’ai pas eu encore cette opportunité de me rendre là-bas. Nous avons demandé, il n’y a pas longtemps à une autorité de nous accorder un permis de communiquer permanent pour que politiquement, nous allions voir nos camarades. Il y a des questions sur lesquelles nous avons besoin de leurs avis. Nous souhaitons y aller le plus régulièrement possible pour que nous soyons dans un processus qui nous emmène vers ce que le président Gbagbo a appelé la phase civile de la crise. La phase civile ne s’embarrasse pas d’armes.

 

Le 15 octobre prochain la jeunesse de votre parti organise un giga meeting. Pensez-vous que la situation s’y prête ?

Oui, moi je ne pense pas qu’il y ait une situation appropriée pour ça. En dehors bien sûr de la période de guerre, où les armes sifflent au quotidien. Aujourd’hui, c’est vrai, il y a quelques coups de feu, mais c’est le moment choisi et nous pensons qu’il est approprié.

 

Si les conditions sont réunies, le Fpi ira aux législatives et est-ce qu’il pourra faire des alliances, notamment avec Lider ?

Dans le principe, aucun parti politique ne peut dire qu’il se suffit à lui seul. L’alliance est inscrite. Nous avons déjà des camarades qui nous sont politiquement alliés. Nous avons l’Udcy, le Rpp, l’Aird, l’Urd, le Mouvement citoyen du camarade Kabran Appiah… c’est le terrain qui va nous amener à voir les alliances nécessaires pour faire avancer la cause qui est la nôtre, c'est-àdire la démocratie. Donc, dans le cadre du conseil démocratique, on peut être amené à avoir des alliances avec toutes les formations politiques qui le souhaitent et qui ne nous rejettent pas a priori. Si Lider estime qu’on peut passer des accords, c’est momentané, il n’y a pas de problème.

 

Est-ce que le pouvoir a pris contact avec vous pour occuper le site du village de la Liberté à Yopougon, et en faire un camp d’encasernement ?

Non pas du tout. C’est pourquoi, nous avons demandé à un de nos responsables de prendre contact avec les autorités actuelles pour parler de ce dossier, parce que ce site est notre propriété. Nous avons le titre foncier, même si tout a été détruit. Les camps militaires sont là, mais quand on occupe le domaine privé de quelqu’un, c’est d’autres problèmes qu’on veut créer inutilement. Mais, ça s’inscrit dans la logique de terreur. Même si on ne représente rien, ils auraient pu nous demander la permission. C’est ce que j’appelle la suffisance et l’arrogance. La force est toujours limitée dans le temps et dans l’espace y compris pour les grandes puissances.

 

Le Nouveau Courrier no 327 du 29 septembre 2011

 

 

 

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