LG Infos, vendredi 4 janvier 2013

LUMIÈRES À ABIDJAN, DRAME AU PLATEAU, PRISONNIERS…/ ABOU CISSÉ (ONCLE DE OUATTARA)

«Dieu est en train de parler au régime»

Cissé, l’oncle de Ouattara, dénonce la mauvaise politique de son neveux.
Cissé, l’oncle de Ouattara, dénonce la mauvaise politique de son neveux.

Il y a longtemps, on ne vous entend plus?

Nous sommes là. Nous prenons du recul pour observer la situation politique du pays.

Votre commentaires sur la libération d’Aké N’Gbo et autres personnalités politiques…

Les exigences politiques de la vie actuelle en Côte d’Ivoire demandent un signal fort. C’est-à-dire la libération totale de tous les prisonniers politiques et d’opinion. Et non des libérations à compte goutte. Nous avons toujours soutenu que la décrispation de la vie politique ivoirienne n’était pas les arrestations, les enlèvements, les tortures et l’empêchement de la tenue des meetings d’un parti aussi important qu’est le Fpi.

A vous entendre, vous n’êtes pas satisfait de cette libération?

Nous sommes restés sur notre faim. Si on veut donner un signal, il faut libérer tout le monde. On ne doit plus avoir des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Nous ne serons satisfaits que lorsque nous verrons tous les prisonniers politiques et d’opinion libérés. Nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui soutiennent que cette libération augure un lendemain meilleur. Ce n’est pas vrai. C’est la même chose qu’ils ont soutenue au lendemain de la libération de certains prisonniers. Rien n’a changé. On est resté à la case de départ. Cette libération n’a rien apporté à l’apaisement et à la réconciliation nationale. Il faut qu’on nous prenne au sérieux. Les Ivoiriens ont soif de liberté. Alassane Ouattara a intérêt a lancé un message fort à l’endroit de la population ivoirienne en ce début d’année nouvelle.

Qu’entendez-vous par un signal fort ?

Un signal fort, c’est la libération totale de tous les prisonniers politiques et d’opinion. Un signal fort, c’est l’arrêt des enlèvements ; des arrestations des cadres et militants du Front populaire ivoirien. Un signal fort, ce n’est pas les lumières que l’on nous présente. Le peuple souffre de liberté. Il est dans le désespoir. L’horizon est sombre. Aucune lisibilité. Tout le monde veut se réconcilier. Alors, que le régime mette tout en oeuvre pour le jeu démocratique. Et laisser l’opposition jouer son rôle. La place de l’opposition, ce n’est pas en prison. C’est sur le terrain. Les cadres et militants de l’opposition sont en prison pour leur opinion. Il faut mettre fin à l’instrumentalisation de la justice. Alassane Ouattara ne doit pas se servir de la justice pour régler des comptes. Gérer le pouvoir ce n’est pas seulement rendre justice à ceux qui vous soutiennent. La justice, elle est pour tous. Mais si on devait mettre en prison tous ceux qui s’opposent à un pouvoir, monsieur Ouattara aurait fait la prison au moins 15 fois. Lui qui voulait rendre la Côte d’Ivoire ingouvernable. Mais il l’a rendue ingouvernable pour tout le monde et pour lui aussi. Aujourd’hui, on voit des lumières partout. On dit qu’Abidjan est la perle des lumières… Ce n’est pas la lumière qu’on célèbre. Nous souhaitons qu’Alassane Ouattara ait une lumière intérieure pour libérer les prisonniers. Afin de permettre à notre pays d’avancer. Nous avons fait le tour d’Abidjan pour voir la réaction des Ivoiriens face à ces lumières. On ne se bouscule pas pour aller les admirer. On n’éclaire pas un pauvre avec de la lumière. Tout le monde est pauvre. La souffrance est totale dans les ménages. Le peuple a besoin de travail. Et ces lumières ne créent aucune activité. Nous sommes dans la nuit. Parce qu’il y a un manque de démocratie et des Ivoiriens croupissent en prison pour leur opinion. Ce n’est pas de ce type de lumière dont les Ivoiriens ont besoin. Il le sait.

Quelle est cette lumière dont les Ivoiriens ont besoin?

C’est la libération totale de tous les prisonniers politiques. C’est de permettre au Fpi qui est un parti très important sur l’échiquier politique national de s’exprimer, d’organiser des meetings. C’est d’arrêter d’intimider la presse de l’opposition… Il ne peut pas développer la Côte d’Ivoire en mettant sous le boisseau la démocratie et en menant une politique dictatoriale. Les Ivoiriens ont faim. Le prix des denrées alimentaires est en hausse. Le panier de la ménagère s’est transformé en sachet. C’est une injure d’envoyer ces lumières. Alors que certaines villes, villages ne sont pas éclairés. C’est un contraste. Les sommes pharamineuses mises dans ces lumières peuvent permettre de construire des usines pour employer des Ivoiriens. Et elles peuvent permettre de construire des écoles et des hôpitaux. Il faut aller à l’essentiel.

C’est-à-dire?

Assurer le développement en créant des emplois. Procéder à la libération de tous les prisonniers. Enraciner la démocratie dans notre pays. Il faut arrêter de détourner notre attention à travers ces lumières dont les Ivoiriens n’ont pas besoin. Ce sont des dépenses inutiles. Alassane Ouattara n’a aucune solution pour résoudre le problème des Ivoiriens. Bien au contraire, il ne fait qu’endetter le pays.

Comment?

En réalité, sa politique est basée sur l’endettement. Contrairement à Ouattara, le Président Gbagbo n’est pas un adepte de l’endettement excessif. La dette vassalise les peuples africains en même temps qu’elle fragilise les Etats africains. Les Ivoiriens doivent apprendre à vivre avec leurs propres moyens. Le Président Laurent Gbagbo en a donné l’exemple. Malgré le contexte de crise politique marqué par la division du territoire national en deux, il a fait fonctionner correctement l’Etat, il a assuré l’essentiel des engagements de la Côte d’Ivoire aussi bien sur le plan national que vis-à-vis de l’extérieur. Contrairement aux affirmations d’Alassane Ouattara, des investissements ont bien été réalisés. Le prolongement de l’autoroute du Nord jusqu’à Yamoussoukro, suivi des grands travaux de transfert effectif de la capitale politique de notre pays à Yamoussoukro, l’électrification rurale (plus de 1000 villages), les travaux de renforcement du port autonome d’Abidjan, les débuts de construction du pont de Jacqueville etc. sont autant de projets déjà financés sous le Président Laurent Gbagbo, malgré le contexte difficile que tout le monde sait. Sous le régime du Président Laurent Gbagbo, les grandes performances des administrations fiscales qui ont été réalisées, des records sans précédent dans une période aussi difficile. Traduisant ainsi la volonté de la Côte d’Ivoire de vivre selon ses propres moyens en tournant le dos, définitivement, à l’endettement servile. Le poids de la dette hypothèque dangereusement la vie des générations à venir. Il vaut mieux en sortir maintenant que de chercher à perpétuer le système d’endettement. La Côte d’Ivoire en a les moyens aussi bien matériels qu’humains. Elle a une grande qualité et une diversité de compétences pour tenir ce pari.

La Côte d’Ivoire vit un drame, en ce début d’année, avec la mort de plus de soixante personnes et de plusieurs blessés…

Nous nous inclinons sur leur corps. Que le Seigneur ait pitié d’eux. Ces lumières sont maléfiques. Au lieu d’apporter le bonheur aux Ivoiriens, elles ne leur ont procuré que la tristesse, la désolation. Dieu est en train de parler au régime.

Le procès de confirmation des charges du Président Laurent Gbagbo est fixé pour le 19 février prochain…

C’est un grand drame pour la Côte d’Ivoire.

Pourquoi?

Nous avons dit qu’il n’était pas bon d’envoyer le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Ce n’est pas sa place. Sa déportation a apporté quoi de positif dans la réconciliation nationale ? Ceux qui l’ont envoyé là-bas souffrent. Ils regrettent d’avoir posé cet acte. Ils ne savent plus comment résoudre la question. Ils sont dépassés par la tournure des choses. Nous pensons qu’Alassane Ouattara a été trompé.

Par qui ?

Les va-en-guerre du Rdr. Il faut dire qu’au palais, il y a deux camps. Il y a ceux qui étaient opposés. Et ceux qui étaient pour sa déportation. Notamment Amadou Soumahoro. Le second groupe a eu raison. En plus, Alassane Ouattara n’a pas respecté sa parole donnée à certains chefs d’Etat africains et Thabo Mbeki. Il avait conditionné la libération du Président Laurent Gbagbo par l’acceptation de Paul Yao N’dré de l’investir. Ce qui a été fait. Mais, il a roulé tout le monde dans la farine. Il a écouté ses va-t-en guerre en déportant le Président Laurent Gbagbo à La Haye. Notre pays n’avait pas besoin de cela. En voulant lui faire du mal, on a fait de lui une icône. Sa côte de popularité a dépassé les frontières. Tout le monde entier se mobilise pour sa libération. Quel est ce dictateur qui mobilise toute une planète. Le Président Laurent Gbagbo est un cas d’école qu’il faut enseigner dans nos écoles. Voire dans les écoles africaines. En le déportant, Alassane Ouattara a violé le pacte républicain. C’est-à-dire pardonner les fautes pour avancer. C’est ce que nous avons dit en créant le Rdr.

On refuse d’accorder la liberté provisoire au Président Laurent Gbagbo sous prétexte qu’il est populaire, il a un réseau puissant…

En l’envoyant à la Cour pénale internationale, il est devenu une icône. Ce n’est plus le procès du Président Laurent Gbagbo. Mais le procès d’une idée. Or cette idée-là, on ne peut pas l’effacer.

Quelle est cette idée?

Le Président Laurent Gbagbo prône l’indépendance de l’Afrique, de la dignité de l’homme noir. Ses discours le montrent. Il n’a jamais travaillé pour lui-même. Il s’est mis au service des autres. On s’est trompé sur son compte. On peut tuer Gbagbo. Mais on ne peut pas tuer son esprit. Il est en chaque Ivoirien. D’ailleurs, leur propre site internet a fait un sondage pour déterminer l’homme de l’année 2012. Le Président Laurent Gbagbo a été élu. Il est dans le cœur des Ivoiriens. Personne ne peut l’effacer. Ce n’est pas lui l’adversaire.

C’est qui alors ?

Ce sont ceux qui ont apporté la guerre en Côte d’Ivoire. Le pacte républicain qui a contribué à la création du Rdr était de régler des torts non pas par des emprisonnements. Et de contribuer à assainir la vie politique ivoirienne en valorisant nos valeurs.

Ouattara soutient qu’il ne veut pas laisser prospérer l’impunité…

De quelle impunité parle-t-il ? Des chefs de guerre ont été épinglés par les organisations de droit de l’Homme. Il les a nommés à de hauts postes de l’administration. Alassane Ouattara n’a rien à dire.

Le procès de Gbagbo est politique…

Ceux qui le disent n’ont pas tort. Il y a plus de politique que de droit. Raison pour laquelle, les juges ont beaucoup de problèmes pour faire valoir le droit. Ils balbutient. Est-ce que c’est la faute du Président Laurent Gbagbo d’être populaire ? La popularité ne se décrète pas. Dans quel monde sommes-nous ? Les dieux sont vraiment tombés sur la tête. Envoyer le Président Laurent Gbagbo à La Haye c’était s’envoyer lui-même. Nous pensons que c’est l’ensemble de la classe politique ivoirienne qui devait être à La Haye.

Pourquoi?

Alassane Ouattara, Guillaume Soro, Henri Konan Bédié et autres sont tous impliqués dans cette guerre qui s’est déroulée en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire souffre de cette classe politique. Il faut changer cette classe politique qui ne peut résoudre les problèmes des Ivoiriens. Bien au contraire, elle ne fait qu’en rajouter. Il faut une nouvelle génération d’homme politique capable d’apprécier et de pardonner. Les Ivoiriens veulent avancer. Nous avons peur pour la Côte d’Ivoire. Si on ne contribue pas à la libération du Président Laurent Gbagbo et des autres prisonniers politique, le pays court à sa perte. Et nous avons peur des lendemains sombres pour notre pays. Nous ne sommes pas loin du gouffre. On va tout droit dans le mur. Nous sommes fatigués. Il faut libérer Gbagbo qui n’a rien fait du tout. Le pays ne peut rien avoir avec sa présence au centre de détention de la Cpi.

Un mot sur le discours d’Alassane Ouattara…

C’est un discours creux. Ce disque est rayé. C’est du déjà entendu. Toujours les mêmes promesses. Ses premières promesses n’ont jamais été tenues. Ce n’est pas les promesses à n’en point finir qui sortiront les Ivoiriens de la pauvreté. Ils sont rassasiés des promesses. Alassane Ouattara n’a aucune solution pour résoudre les problèmes des populations ivoiriennes. Si Alassane Ouattara a un cœur, alors qu’il libère les prisonniers politiques. Il faut qu’il ait un sursaut national pour se mettre à la lumière divine pour libérer la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens veulent une réconciliation vraie, une vraie paix et une sécurité qui rassure.

Vos vœux pour la nouvelle année…

Nous souhaitons à toute la Côte d’Ivoire, une bonne et heureuse année 2013. Que cette année soit une année de bonheur et de joie pour tous. Que 2013 apporte la vraie lumière pour que la réconciliation ne soit pas un vain mot. Mais des actes concrets. C’est-à- dire la libération totale des prisonniers politiques. En plus, il ne faut pas que cette année soit encore une année de pauvreté, de chômage, de licenciement, de rattrapage…

 

Entretien réalisé par : Yacouba Gbané

yacou06336510@yahoo.fr

 

 

 

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